
Annoncé par certains comme un potentiel first pick, placé par d’autres dans le top 3, et parfois même remis en question, Cam Boozer est l’un des prospects les plus clivants de sa génération. La principale source de débat concerne sa capacité à finir près du cercle et, plus largement, à créer de l’avantage balle en main.
Pour mieux comprendre ces divergences, j’ai visionné et tracé chaque possession de l’ailier de Duke cette saison. Sur 84 possessions analysées une par une, l’objectif était clair : identifier les tendances, les forces réelles et les limites structurelles de son jeu offensif.

Sur les 84 tentatives proches du cercle, 46 sont des lay-ups main droite, pour 54 % de réussite. Boozer privilégie clairement ce côté, et cela se reflète dans sa manière d’attaquer le panier.
Lorsqu’il parvient à passer l’épaule de son défenseur, il utilise très bien son gabarit pour se créer un angle favorable. Son jeu de puissance lui permet souvent d’accéder à des finitions simples, sans avoir besoin de créativité excessive.
En revanche, dès qu’il ne parvient pas à créer un avantage immédiat, son jeu devient plus laborieux. Boozer enchaîne alors les feintes pour générer de l’espace et déclencher son footwork. Or, son manque de verticalité limite fortement l’efficacité de ces situations : les lay-ups censés être faciles deviennent contestés.
Il compense en allant volontairement chercher le contact, utilisant au maximum la largeur de ses épaules. Mais il arrive trop rarement pleine vitesse au cercle, et repose davantage sur son body control proche du sol que sur l’explosivité.
Côté main gauche, le volume est plus réduit : 25 lay-ups pour seulement 39 % de réussite. Pourtant, selon Synergy, 20 drives sont initiés main gauche, ce qui révèle une tendance intéressante : Boozer drive souvent à gauche… pour finir à droite.
Ce décalage met en valeur un gros manque d’explosivité et de verticalité une fois dans la raquette. Il crée l’angle, mais peine à conclure efficacement.
Les situations en transition ou sur cuts restent anecdotiques (5 possessions seulement), un échantillon trop faible pour tirer des conclusions solides.
Très tôt dans la saison, une limite revient constamment : le handle. Boozer peine à créer une séparation nette balle en main, ce qui réduit fortement son impact lorsqu’il est utilisé comme porteur principal.
Les données Synergy le confirment ;
Faute de pouvoir créer l’avantage rapidement, Boozer ralentit souvent son action et abuse des feintes de tir. Un outil parfois utile, mais trop systématique, car la défense a le temps de se replacer.
Sur le papier, les chiffres sont excellents :
Mais cette efficacité repose sur une palette de finitions très limitée :
Boozer absorbe plus le contact qu’il ne l’évite, ce qui fonctionne face à des défenses moyennes, mais devient problématique contre des protecteurs de cercle de haut niveau. Le manque de variance engendre un joueur trop souvent lisible quand il arrive près du cercle.
Le match face à Kansas et Flory Bidunga en est l’exemple parfait : face à un intérieur capable de contester verticalement qui le match physiquement, ses feintes perdent en efficacité et ses angles de finition se réduisent drastiquement. De plus il n'arrive plus a accéder a la raquette par le dribble car il ne peut plus jouer de ses épaules.
La répartition de ses play types est celle-ci :
Ces actions représentent plus d’un tiers de son volume offensif, et ce sont aussi les plus rentables. Boozer est donc surtout efficace :
À l’inverse :
Dès qu'une lecture périphérique eloigné du panier, le process de géométrie du terrain est encore très perfectible. Cela est lié a son explosivité et son handle forcément, mais pas que. Des la fac, c'est un joueur qui a multiplié les séquences dos au panier sur du post-up. Etant donnée que le post-up est une situation proche du panier avec le confort pour la protection du ballon + process des mouvements de l'équipe (externe a Cam Boozer)
Sur les derniers matchs (Florida, Michigan State), Duke utilise davantage Boozer comme Roll Man :
C’est un rôle plus cohérent avec ses qualités actuelles. Mais là encore, tout dépend du porteur de balle, et Duke manque cette saison d’un créateur primaire capable de fixer la défense. A vrai dire, c'était déja le cas avec Flagg qui a du très vite apprendre a jouer le PnR poste 4 / poste 5 avec Maluach. C'est aussi une des grosses raisons de la draft McCain qui a su vite endosser ce rôle créateur et jouer de sa gravité. Le seul joueur qui peut avoir ce profil cette saison c'est Isiah Evans et son manque de pénétration ne force pas autants de décalages. De plus, si Dame Sarr à un gros apport défensif, ce n'est pas un joueur qui va pouvoir écarter le terrain de facon optimal.
Contrairement à un profil comme Paolo Banchero, Boozer ne force pas la défense à se réorganiser par le dribble. Il peut forcer la défense a commit sur des short roll ou bien sur des séquences de post-up. Des séquences donc ou le décalage est deja crée ou bien sur des séquences statiques avec un paint touches au début de l'action.

Si on essaie de comparer Boozer a des prospect a peu pres similaires en NCAA :
Boozer se situe clairement dans la catégorie des finisseurs intérieurs (pour l'instant)
Dans une NCAA plus compétitive que jamais, notamment depuis l’arrivée du NIL, et sur un échantillon encore limité (début de saison), la prudence reste de mise. Mais les tendances sont déjà nettes.
Cam Boozer est un joueur très efficace dans un cadre précis, mais limité dès qu’il doit créer l’avantage par lui-même.
Son impact à Duke — et son plafond à long terme — dépendront de sa capacité à moderniser son jeu, s'écarter davantage du cercle et gagner en process sur des reads avec mouvements